Un regard sport sur l’Apple Watch Series 3

Publié par dans Course à pieds, Technologies

Ah, l’Apple Watch. Cela fait depuis la sortie de la Watch Series 2 et son GPS intégré que je suis intrigué par les capacités sportives de l’Apple Watch. Il faut dire qu’Apple dépense tellement de moyens à présenter ce produit comme un accessoire fitness que j’ai fini par y croire. Le potentiel est là : une montre avec un bel écran, des capteurs dans tous les sens et un GPS intégré. Certainement de quoi mettre au placard mes trackers d’activité Fitbit & ma montre de running Garmin. J’ai donc profité de la sortie de l’Apple Watch Series 3 pour en acheter une afin de me faire mon propre avis sur la question. Attention, je ne parlerai pas dans les quelques lignes qui suivent de la partie « smartwatch » de l’Apple Watch pour laquelle je n’ai pas d’intérêt, mais bien du volet fitness & sport de l’appareil.

Avant d’aller plus loin, j’en profite pour préciser que je suis actuellement utilisateur d’une Garmin Forerunner 630 et que je pratique la course à pieds en loisir (RP 1h36 sur Semi et 3h45 sur Marathon). Mon usage habituel d’une montre de running consiste à suivre mes performances, programmer des entrainements et historiser ces données sur Garmin Connect.

Prise en main de l’Apple Watch Series 3

La prise en main de l’appareil est très aisée : sortie de la boite, il n’y a qu’à l’appairer avec l’iPhone en suivant quelques étapes très simples et le tour est joué. Bien que la procédure de synchronisation soit plutôt longue la première fois, la montre est tout de suite opérationnelle et on peut commencer à jouer avec. Mention spéciale pour le bracelet livré de basse qui se ferme très bien et qui est très confortable à l’usage. Coté design, les avis seront certainement partagés, mais pour ma part, je trouve qu’il s’agit d’un appareil très bien fini, comme souvent chez Apple. C’est ce qui pèche à mon goût chez Garmin et les autres, qui livrent souvent des produits à plusieurs centaines d’euros sur lesquels on sent que le design a fait l’objet d’un effort limité. Bien qu’un peu déroutante au début, l’interface est soignée et on s’y fait très rapidement. C’est particulièrement le cas pour les icônes sous formes de petits ronds et la fameuse « couronne numérique » mais quelques heures suffisent à passer le cap.

Fonctionnalités de tracker d’activité

Pour les fonctionnalités de base en matière de suivi de l’activité, l’Apple Watch fonctionne très bien. Elle compte le nombre de pas réalisés, en déduis la distance parcourue, calcule les calories brulés et effectue un suivi continue du rythme cardiaque. Autant de fonctionnalités présentes dans nombre d’appareils mis sur le marché depuis un moment, mais l’exécution d’Apple est très propre. L’Apple Watch est en effet livrée avec une application « Activité » qui est installée sur l’iPhone au moment de l’appairage avec la Watch et qui est vraiment sympa. On peut néanmoins regretter un manque de fonctionnalités, comme l’absence de suivi natif du sommeil ou encore le manque de reconnaissance automatique des activités. Autant de points qui illustrent bien à mon avis les deux problèmes auxquels Apple est confronté avec son produit : l’autonomie de la batterie & le manque de « culture sport » au sein de l’entreprise. En effet, la batterie qui ne tient pas plus 1,5 jours (dans le meilleur des cas) les contraint probablement à mettre des fonctionnalités de côté pour préserver l’autonomie (le suivi du sommeil en l’occurance). Aussi, dans le cas du suivi automatique des activités, quand Fitbit est capable de détecter automatiquement que vous faites du vélo ou que vous jouez au basket, c’est le fruit d’années d’expérience sur ce marché. Dans le même temps, quand vous portez une Apple Watch alors que vous êtes à vélo, la montre comptabilise un nombre de pas qui ne correspond à rien et vient piper tous les chiffres en cascade (pas & distance particulièrement). Mon sentiment sur ce premier volet est donc mitigé : un super potentiel, une execution très sympa au niveau du logiciel, mais un manque de vision inhérent à une expérience encore trop jeune pour délivrer un produit à la hauteur de la concurrence sur ce segment.

Suivi d’activité sportives (running en particulier)

C’est au moment où j’ai décidé de me pencher sur la partie la plus sportive de mes expériences que j’ai été le plus déçu par l’Apple Watch. Si la partie matérielle, autonomie de la batterie mise à part, est très bien exécutée, le logiciel qui y est associé est très limité. Ce n’est qu’une fois mon activité lancée que je me suis rendu compte à quel point les écrans proposés sont pauvres lors d’une activité. La montre affiche quelques données élémentaires (temps, distance, fréquence cardiaque), mais ne propose rien de plus et encore moins une personnalisation des données affichées. Une montre Garmin entrée de gamme 3 fois moins chère à plus à proposer sur le terrain des activités sportives. Reste l’option des applications tierces, mais l’exercice est très fastidieux. Tout d’abord, toutes les applications ne sont pas encore capables d’exploiter le GPS de l’Apple Watch Series 3. Cela signifie qu’il faut souvent encore transporter son téléphone en plus de la montre pour aller courir. Aussi, qui dit application tierces, dit modèle économique Freemium : vos données sont partiellement accessibles à l’issue de vos activités et les push vous incitant à prendre un forfait premium sur la plateforme sont incessant. Ces deux éléments à eux seuls me refroidissent pas mal à l’idée d’utiliser une application tierce. On butte ici à mon avis sur le cœur du problème de cette Apple Watch : le logiciel natif manque de fonctionnalités pour le sport et les solutions tierces ne sont pas satisfaisantes. Ajoutez à cela le fait que toutes les données collectées nativement par l’Apple Watch sont stockées dans le téléphone avec impossibilité de les exporter et vous avez à mon avis tous les éléments pour vous convaincre de ne pas acheter d’Apple Watch, du moins si le volet sport vous intéresse.

Principaux enseignements

Apple a bien compris que positionner sa montre comme l’extension d’un téléphone déjà vendu 1000€ ne serait pas très porteur. Mais le virage du fitness qu’ils ont pris pour des raisons marketing évidentes manque de vision. Et c’est bien dommage, car le potentiel est là : le form factor est sympa et l’appareil est plein d’atouts comme son superbe écran et ses capteurs. Mais l’expérience sport délivrée est déceptive.

Une anecdote illustre à mon avis bien le problème d’Apple à s’imposer sur un marché plus sport : son laboratoire. La société californienne a pour habitude de présenter une fois de temps en temps son laboratoire top secret dans lequel les équipes de l’Apple Watch planchent sur des fonctionnalités « amazing ». Ce laboratoire n’est en fait qu’une salle de presse avec des tapis de course pour impressionner le journaliste généraliste –et souvent fanboy de la marque– venu faire un « reportage ». Apple souffre en réalité d’un déficit d’expertise sur le marché des « wearables ». Ce n’est pas le débauchage de Jay Blahnik qui est en mesure d’y changer quoi que ce soit : ce sympathique gourou du fitness devenu millionnaire en vendent des livres sur la remise en forme n’est pas en capacité d’apporter la vision forte à la croisée des chemins du sport et de la tech, qui permettrait à Apple de délivrer un produit qui mettrait la concurrence à terre. En regardant le premier iPhone et un iPhone X côte à côte, on se dit que ce jour arrivera certainement, mais ce n’est pas pour tout de suite.

En attendant, les sportifs qui cherchent un compagnon à se mettre autour du bras continueront de privilégier des montres issues du big three : Garmin, Polar et Suunto.