Marathon de la liberté 2016 : compte rendu

Publié par dans Course à pieds

Contexte

C’est après avoir couru l’édition 2015 du Marathon d’Athènes que me vient l’envie de rempiler. Après quelques recherches et d’innombrables possibilités envisagées, mon choix se porte sur le Marathon de la Liberté. C’est un symbole fort par les temps qui courent : le tracé du Marathon longe les plages du débarquement de la seconde guerre mondiale. Il se trouve également que j’ai de la famille à Caen, ça sera donc l’occasion de faire un week-end sportif et familial. Ce choix est aussi la première occasion pour moi de courir un autre Marathon que celui d’Athènes et ses 500 mètres de dénivelé positif (cf. mes comptes rendus 2013 & 2015), car en définitive, je ne sais pas vraiment ce que je vaux sur un parcours plus roulant.

Préparation

C’est dans la foulée du semi-marathon d’Athènes, en mars 2016, que j’envisage de commencer ma préparation pour le Marathon de la liberté qui aura lieu le 12 juin 2016. Manque de chance, je termine la course avec quelques douleurs. Après plusieurs semaines de douleurs qui ne partent pas, je me décide enfin à consulter un médecin du sport. Une échographie plus tard, le verdict tombe : je souffre d’un décollement musculaire au niveau du mollet droit. Rien de très grave à priori, mais je suis contraint d’arrêter la course à pieds pour 4 à 6 semaines. Cela ne me laissera que peu de temps pour préparer le Marathon de la Liberté qui approche à grands pas. Je reprends la course lors de la Lyon Urban Trail, sur le parcours de 23 kilomètres. A défaut de faire le temps de l’année, j’arrive à boucler le parcours en 30 minutes de plus que l’année précédente, mais sans me tordre de douleur. C’est à l’issue de cette course et après une seconde consultation chez le médecin que je peaufine ce qui sera mon plan d’entrainement express pour le Marathon de la liberté. Je me fixe comme objectif de faire 3 sorties par semaine pour le mois et demi qui me reste avant le départ. Je sors d’une petite blessure et ma préparation sera probablement un peu légère, mais j’avais très bien préparé mon semi pour le mois de mars, je ne pars pas de 0 donc. Les semaines s’enchainent et je ne parviendrai pas à tenir la cadence d’entrainements que je m’étais fixée. La faute à un planning très chargé pour ce deuxième trimestre de l’année. En définitive, je termine mon entrainement avec bien moins de kilomètres au compteur que mes préparations précédentes. Garmin Connect indique que j’ai couru 2 fois moins de kilomètres dans le cadre de ma préparation pour le Marathon de la liberté que ce que j’avais fait pour le Marathon d’Athènes 8 mois plus tôt. J’ai toutefois l’aval du médecin qui n’a pas l’air affolé : une préparation minimale, c’est une préparation quand même.

Matériel

Je ne reviendrai pas sur mon apriori pour le marketing de la la nutrition sportive et les boissons d’attente et autres gâteaux sports que je ne consomme pas, mais il y a tout de même un point sur lequel je souhaiterais m’attarder : les chaussettes ! Bien que je ne sois pas rentré dans ces détails lors de mes précédents comptes rendus, j’ai fini les Marathons d’Athènes 2013 & 2015 avec les pieds dans un état lamentable. Lamentable au point que j’ai pris des photos de mes pieds, que je ne partagerais pas avec vous par décence, mais qui sont du même acabit que ce que vous pouvez trouver sur Google Images en tapant « fistule » ou « furoncle ». Cette fois-ci, je me suis dis « plus jamais ça » ! J’utilisais jusqu’ici des chaussettes « standards », vendues quelques euros par lot de 3 paires. A force de voir qu’il y a avait des chaussettes qui se vendaient entre 5 et 10 fois plus cher que celles que je portais, j’ai fini par me demander si elles n’étaient pas 5 à 10 fois mieux. J’ai donc opté pour l’achat de plusieurs paires de chaussettes Décathlon Kiprun Strap. Pour le reste, j’ai fait confiance à un t-shirt Décathlon Kiprun pour préserver l’intégrité de mes tétons, un short Kalenji et une paire de Sauconny Cortana.

Convoi en Normandie

En route pour la Normandie et Caen. Et ce n’est pas une mince affaire, car aujourd’hui, c’est grève nationale contre la loi travail. Après un convoi Lyon – Paris tout à fait fluide en TGV, je me rends compte qu’il sera compliqué de prendre un train Paris – Caen depuis Saint-Lazare, ils sont annulés à tour de bras et le seul qui roule sera probablement pris d’assaut. Nous sommes vendredi et le seul qui roule part à 16h30. C’est donc en dernière minute que je me décide à prendre… le bus ! iPhone à la main, je réserve un Paris – Caen via Flixbus, une de ces compagnie de Bus qui prospèrent en ce moment et que  je ne connaissais pas 5 minutes plus tôt. L’un dans l’autre, le temps de parcours est un peu plus long (+30 minutes), mais j’ai la certitude de partir. Le billet est accessoirement moitié moins cher que le train. 3 heures plus tard, me voilà arrivé à Caen sans encombres.

Récupération du dossard

Le lendemain, je vais récupérer mon dossard au Parc Expo en début d’après midi. Et c’est là que je prends la mesure de l’organisation gigantesque autour de cet événement. Je n’avais pas trop percuté, mais le Marathon n’est qu’une épreuve parmi d’autres, au sein d’un événement de grande ampleur. Les courants de la liberté organisent en effet un 10 kilomètres, un semi ainsi qu’une marche réservée aux femmes et au profit de la recherche pour la lutte contre le cancer. 40 000 participants sont attendus sur le week end. On pourrait donc s’attendre à une monstrueuse cohue, mais tout est très bien organisé. Le retrait de mon dossard ne prendra pas plus de 5 minutes, dans une ambiance bon enfant avec de nombreux bénévoles à disposition pour aiguiller les coureurs. Mon dossard en main, retour à la maison pour se poser, préparer ses affaires et boire des litres d’eaux comme j’en ai pris l’habitude les veilles de courses.

Départ pour Courseulles-sur-mer

Ca y est, c’est le jour J. Il est 6h20 et mon Fitbit Charge HR vibre à mon bras pour me réveiller. Je prends un rapide petit déjeuner, enfile mes affaires et me mets en route pour le Parc Expo. Des navettes sont en rotation jusque 8h00 pour rallier Courseulles-sur-mer. Il y a une impressionnante quantité de bus et de bénévoles qui dispatchent les coureurs. 30 minutes plus tard, me voilà arrivé sur la ligne de départ. Je vais avoir du temps à tuer, je suis tout seul au milieu de la pampa (un peu avant Courseulles sur mer) et le départ n’est que dans 1 heure 20. J’en profite pour faire un petit tour du propriétaire, remettre mes affaires au camion consigne et aller faire un petit échauffement. L’heure du départ approche et alors qu’il faisait nuageux, la pluie se met à tomber. Le sympathique crachin se transforme rapidement en petit déluge : ah, la Normandie ! Je m’oriente vers mon sas en me disant que ça va probablement être folklorique quand j’aperçois les meneurs d’allures : je me dis que moins de 4 heures, c’est aujourd’hui ou jamais. Je décide de suivre les drapeaux 3h45. Un des deux meneurs est déjà en train de faire le plan de vol à un petit groupe qui s’est constitué autour de lui : « on passe au semi en 1:51:30, je prévois 20 secondes par ravito ».  Ca y est, je suis dans la sas, la pluie vient de s’arrêter de tomber et le coup de pistolet est donné.

Récit de la course

C’est parti ! Les premiers kilomètres sont assez roulants mais un peu pénibles : comme pour le Marathon d’Athènes, c’est vraiment la cohue. La route est étroite et il y a un engorgement de coureurs. J’ai failli perdre mon meneur et ai du jouer des coudes pour le rattraper. C’est malheureusement un peu toujours comme cela de nos jours sur les courses de masse. Je prends mon mal en patience en sachant pertinemment que ça finira bien par s’aérer. Les kilomètres s’enchaînent et j’arrive bien à rentrer dans le rythme. Tout le monde est concentré pour maintenir l’allure quand une scène lunaire intervient au 3ème kilomètre : un mec se met à hurler sur le meneur d’allure pour lui dire qu’il va trop vite. On est exactement à 5:06 au kilomètre, soit un écart de 12 secondes par rapport au temps de référence qu’on est censés tenir pour les… 39 kilomètres à venir. Le ton monte et plusieurs personnes interviennent pour gentiment lui demander de fermer sa gueule. C’est la première fois que j’assiste à « l’esprit foot » dans une course, c’est très surprenant ! Le mec n’était pas là pour l’effort collectif, le plaisir, le dépassement de soi… Non, il était là parce qu’il avait payé et il voulait faire 3h45 tapantes à l’aide de celui qu’il percevait comme son larbin du jour : le meneur d’allure ! Bref. Tout le monde reprend ses esprits, un petit groupe « 3h45 » s’est constitué et nous enchainons les kilomètres sur la première portion de 20 kilomètres qui longe les plages du débarquement (pour ceux qui ne sont pas sensibles à l’histoire, on parle aussi de « Côte fleurie »). Le cadre est très sympa, longeant tantôt des bords de mer au style so british ou l’arrière pays verdoyant (tout en restant à 100 mètres de la mer à vol d’oiseau). Je prends soin de suivre le conseil du meneur et ses 20 secondes d’arrêt aux ravitos. Je m’arrête à chaque fois 20 secondes nettes, le temps d’avaler un gel ou un morceau de banane que je fais passer avec une bonne quantité d’eau, avant de repartir aussitôt. L’ambiance est sympa, des fanfares sont présentes à chaque village que nous traversons et les premières trouées de soleil sont en vue. Le 22ème kilomètre est passé et tout se présente bien donc : je n’ai mal nulle part et j’arrive à suivre le drapeau 3h45 sans forcer. Ca tombe bien : je suis encore frais pour aborder les kilomètres à venir qui amorcent le début des côtes que je redoute tant. Et là, c’est un peu la stupéfaction me concernant : en fait de côtes, c’est plutôt une grosse bosse à passer au kilomètre 23 (mais qui ne dure probablement pas plus de 200 mètres) suivie de quelques portions de faux plat entre les kilomètres 28 et 38. Je suis donc rassuré entre les kilomètres 20 et 30, je pensais souffrir et ce n’est pas du tout le cas. En revanche, il y a des choses qui ne changent pas : un Marathon, ça commence au 30ème kilomètre. Et là, je dois bien avouer qu’en termes de sensations, c’est très similaire à ce que j’ai pu connaitre à Athènes. J’accuse le coup à compter du 32ème. La fatigue s’installe durablement et même si j’arrive toujours à suivre les meneurs d’allure, cela me demande un effort de concentration important. Moment de doute au 35ème, un des deux meneurs s’arrête sur le bas côté, la faute aux crampes. Rien qui ne m’empêche de courir, il reste un meneur (une meneuse pour être plus précis), mais voir celui qui a potentiellement l’expérience et l’énergie pour me porter à l’atteinte de mon objectif abandonner me met un gros coup au moral. J’essaie de rester dans l’allure cible et à ce moment très précis, je sens que je rentre dans ce qu’est réellement un Marathon : le dépassement de soi. Les kilomètres 35 à 40 sont un engrenage ou je m’enfonce dans l’épuisement physique et psychique, foulée par foulée. Au 37ème, je suis rattrapé par le meneur d’allure qui s’est remis de ses crampes et légèrement devancé par l’autre meneuse. Arrivé au kilomètre 40, un brin vidé de ma substance, je sais que le plus dur est derrière moi et me laisse porter par le public présent en nombre sur cette dernière portion qui passe en ville. Les douleurs sont là, mais j’arrive à tenir la cadence pour passer sour l’arche d’arrivée en 3h44 et 43 secondes. Pari tenu !


Debriefing de la course

Lorsque je me refais le film de la course, contrairement à mes deux précédents Marathons, je me dis que je suis content de ma performance. En effet, le simple fait de m’aligner constitue un petit événement en soi dans la mesure ou j’ai vraiment fait une préparation express. Ensuite, c’est la première fois que je finis un Marathon sous la barre symbolique des 4 heures, ce qui m’a fait un petit quelque chose lorsque j’ai passé la ligne d’arrivée. L’expérience accumulée au fil du temps m’aura aussi beaucoup aidé. Je le lisais dans tous les récits de coureurs plus expérimentés : chaque Marathon est unique, mais l’expérience accumulée fait vraiment la différence. Si la peine à endurer reste la même d’un Marathon à l’autre, le fait de savoir mieux gérer l’exercice permet de canaliser sa souffrance. S’arrêter à tous les ravitaillements, rester concentré sur son allure ou tout simplement mieux connaître son corps sont des éléments qui contribuent quasi mécaniquement à une meilleure performance au fil du temps. Il y a bien sûr un seuil au delà duquel la performance ne bouge plus, mais me concernant, je n’en suis pas encore là sur cette distance. Sur le Marathon de la liberté en particulier, je retiens une très bonne organisation, de la bonne humeur et un parcours très sympa. Mention spéciale pour le buffet d’arrivé « Bienvenue en Gourmandie » : amis du Camembert, du Livarot ou du cidre soyez servis ! Et enfin, car je suis sûr que vous trépignez d’impatience depuis le début de cet article, mes pieds ont finis dans un état irréprochable. Comme quoi, des chaussettes 10 fois plus chères, c’est 10 fois mieux 🙂

Conclusion

Voilà le moment venu de conclure ce compte rendu. Vous l’aurez compris, 3ème Marathon au compteur et toujours autant de plaisir. C’est un peu étrange, les sensations sont à la fois similaires et différentes à mes précédentes expériences. Similaires pour les temps forts de la course : le premier « semi à l’aise », le point de rupture au 32ème et l’enlisement à compter du 35ème. Différentes car je pense avoir été meilleur dans la gestion de la course. Cela ne change rien à l’énergie qu’il faut mobiliser pour passer la ligne d’arrivée, mais contribue à un sentiment de chemin parcouru et d’accomplissement. Comme après chaque Marathon, le plus dur reste toutefois à faire : trouver le prochain.

Et vous, vous y étiez ?

Laissez votre commentaireVous étiez peut-être vous aussi sur la ligne de départ, c’était comment ? Vous avez une question, une observation ou un avis à partager ? Pensez que vos commentaires et leurs réponses servent tout ceux qui seraient tentés de s’aligner sur une édition à venir de la course (peut-être vous), alors n’hésitez pas ! Chacun des commentaires est lu avec attention et fait l’objet d’une réponse tricotée main !