Marathon d’Athènes 2013 : compte rendu

Publié par dans Course à pieds

Vous consultez actuellement le récit du Marathon d’Athènes 2013. Ce récit ainsi que les commentaires contiennent pleins d’informations qui pourront vous aider dans la préparation de votre voyage à Athènes et du Marathon. Notez qu’un récit plus récent de l’édition 2015 est également disponible ici.

Avant propos

Cela fait maintenant un certain temps que je cours, mais je ne suis jamais allé au delà du semi-marathon. C’est au détour d’une discussion avec un ami de mon frère que je me fixe le défi il y a un peu plus d’un an de m’aligner sur le marathon de Berlin. Facile à dire le soir autour d’un verre, plus compliqué à mettre en pratique le lendemain matin, lorsque je me rends compte que l’événement est complet et n’accepte plus les inscriptions. Quelques mois passent, et après avoir couru les 23km de l’Urban Trail 2013 (Lyon), une furieuse envie de courir un marathon s’empare à nouveau de moi. C’est décidé, il me faut trouver un marathon. Quelques jours plus tard je me décide, ça sera le seul, l’unique, le vrai : le marathon d’Athènes.

Contexte

Petite parenthèse pour signaler que je suis bi-national et que je suis né et ai vécu à Athènes jusqu’à mes 19 ans. Cette course prend donc une forme assez symbolique pour moi, chacune des rues d’Athènes représentant autant de souvenirs.

Préparation

Ce n’est pas tout d’être inscrit et d’avoir pris ses billets d’avion, il va maintenant falloir se préparer comme il se doit. C’est sur runners.fr que je trouve mon bonheur, je table sur un plan d’entrainement en 3 séances par semaine sur 3 mois pour boucler le marathon en 4h00, mon meilleur temps sur semi-marathon à cette date étant de 1h53.

Les semaines s’enchaînent et je découvre plein de choses. Ayant pris l’habitude de courir à la petite semaine un peu quand je veux, la première chose dont je me rends compte, c’est la rigueur dont il faut faire preuve pour suivre un plan d’entrainement. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, il faut être fidèle au poste. Si cette organisation est assez facile tenir au début, passés les deux premiers mois, ça devient compliqué : les jours se raccourcissent, il fait froid, etc. Bref, autant de choses qui font qu’on va s’entraîner parce qu’on a pas le choix, plus que par véritable plaisir.

Le plan d’entrainement prévoit de courir un semi-marathon aux alentours de la 8 ème semaine. Ça tombe bien, le semi-marathon de Lyon (RunInLyon) tombe pile à la bonne date. Je le cours et là, première surprise : l’entrainement paie. Alors que j’avais fini l’édition 2012 en 2h04, voilà que je boucle l’édition 2013 (même parcours) en 1h45. J’ai vraiment eu le sentiment de maîtriser ma course et de faire ce que je voulais de mon corps, un sentiment que je n’avais jusqu’ici jamais eu. Le marathon d’Athènes est dans 1 mois et je prends confiance en moi en me disant que l’objectif des 4h00 est tenable.

La fin du plan d’entraînement est plus difficile pour tout un tas de raisons (essentiellement la fatigue et la disponibilité), mais se passe. En définitive, je n’aurais fait sauter que 3 séances en 3 mois.

Logistique/matos

On s’approche dangereusement du jour J et tout est prêt. Je suis allé chez Running Conseil acheter des gels, j’ai acheté une ceinture porte gels sur Amazon. Je m’apprête à courir avec une paire de New Balance 1080 V3. Pour le textile, je ferai le mannequin Kalenji, seule marque à proposer un rapport qualité/prix imbattable. Je suis particulièrement en attente de leur t-shirt Kiprun, sensé limiter les frottements et les irritations aux tétons sur les longues distances. Côté gadget, c’est ma Forerunner 410 que j’emporte avec moi, sans son cardio, tombé en rade et étant bloqué chez Garmin au SAV depuis 3 semaines (SAV Garmin lamentable soit dit en passant).

Voyage

Le jour du grand départ est arrivé, je me lève comme tout les matins à 7h20 pour aller au boulot, sauf qu’aujourd’hui, c’est cassos à midi pour aller prendre l’avion ! Arrivé à l’aéroport, je passe au check-in et là, surprise, la borne d’enregistrement m’indique « Votre groupe peut enregistrer jusque 0 pièces de bagage en soute, combien de pièces de bagages souhaitez vous enregistrer ? ». J’appuie sur le petit + pour ajouter un bagage, et là, bim, ça sera 30 euros la valise. Gros bisous à Air France et sa nouvelle tarification « Mini » qui n’autorise pas de bagages à bord. Air France, ou le service d’une low-cost pour un tarif premium (ne pas avoir de bagage inclus à 260 euros l’aller-retour, ça me semble quand même un peu chaud du slip). De mémoire, je n’ai eu sur Go Voyages où j’ai acheté mon billet aucune indication concernant cette tarification particulière et le fait qu’elle ne me permettait pas de prendre de valise. Le consommateur est donc une fois de plus le dindon de la farce.  Il y avait déjà la bonne blague des « frais de transaction » quand on payait par carte bancaire (je me vois mal payer en liquide sur Internet), il y aura maintenant la blague du bagage facturé. Bon allez, on s’éparpille ! Donc, le voyage se passe sans encombres et me voilà arrivé à Athènes.

Récupération du dossard

Côté organisation, je trouve le process de récupération du dossard assez compliqué et pense surtout à l’américain qui ne parle pas un mot de grec. Il faut se rendre à l’autre bout de la ville, et il y a des informations contradictoires entre l’email de l’organisation et le site Internet (le dossard est à récupérer en deux endroits, qui croire ?). Bref, je m’en sors et finis par récupérer mon dossard puis mon t-shirt auprès de deux employés du sponsor OPAP (société des paris sportifs en Grèce) pesant facilement la tonne à eux deux, et surtout, désagréables au possible. Ni bonjour, ni au revoir, ni même un regard, malgré mes grands bonjour/au revoir/merci et mon méga sourire bright. Ah la la, la Grèce et les fonctionnaires, on change pas une équipe qui gagne !

J-1, le plan

J’ai mon dossard, mon sac est prêt et je profite de ma dernière journée pour planifier ma course. Je me dis que mon objectif de 4h00 est un peu ambitieux, dans la mesure où j’ai largement sous-estimé un facteur de poids : le dénivelé. Les coureurs élite mettent un bon 10 minutes de plus que sur des parcours plats tels que Berlin ou Londres. Rien à foutre, je reste sur mon objectif initial de 4h00 🙂

Mon plan est le suivant : y aller super cool à 6:00 min/km sur les 10 premiers kilomètres (c’est du plat), pour arriver le plus frais possible au niveau des premières côtes du 11 ème. Essayer de maintenir l’allure entre le 12 ème et le 32 ème, et mettre le turbo sur les 10 derniers kilomètres (ça descend légèrement) pour rattraper le retard accumulé et finir sous les 4 heures.

Et… La réalité !

C’est le grand jour. Debout 5h45, en route pour Evagelismos où l’organisation met à disposition un service de bus pour rallier Marathon. Le sentiment qui se dégage est différent de celui du retrait des dossards : c’est organisé, mais à la grecque, c’est à dire mi-stalinien, mi-laxiste. Une fois monté dans le bus, les choses commencent à prendre forme, et on se croirait dans une navette d’aéroport international, ça parle toutes les langues, et les haut-parleurs diffusent un message de l’organisation en grec et en anglais (info pratiques, médicales, etc.). 1 bonne heure plus tard, nous voici arrivés à Marathon. Premier constat, ça fait une petite trotte mine de rien ! Il va falloir faire la même dans le sens inverse en courant, et cela, en moins de 4 heures. L’accueil est très bien organisé, il y a des volontaires par paquets de 10 façon jeux olympiques un peu partout. Ils distribuent de l’eau et des sacs plastiques pour permettre aux coureurs d’attendre sans avoir trop froid.

Le départ se fait juste à côté du stade de foot de Marathon qui est mis à disposition pour l’occasion. Je fais quelques foulées sur la piste sur fond de zorba le grec à tue-tête sur une sono qui sature, AMBIANCE ! Tout le monde est enjoué et il règne une atmosphère vraiment festive, assurée par un animateur qui entretient la bonne humeur. Vraiment très sympa jusque là.

Après mes quelques foulées, je vais pisser un bol dans les toilettes chimiques mises à disposition autour du stade. Si j’ai un souvenir assez épique des toilettes chimiques de la feria de Nîmes, là, je pense qu’on est carrément hors catégorie. J’essaie de ne pas m’évanouir et vais droit au but. Ça y est, j’ai fait mon pipi, et on pourrait déjà me remettre une médaille pour être parvenu à ne pas tomber dans les pommes.

L’heure avance, et vient le moment de m’insérer dans mon sas (sas 4). Je tombe nez à nez avec un mec seul qui me cherche du regard et l’enquille « where are you from ? ». « New York City » me répond-il. Je passe les 30 minutes avant le départ à faire la causette avec Steve, tenant de bar et acteur à New York. C’est son 13 ème marathon me dit-il, il me donne quelques trucs et astuces, on fait quelques photos, et bim, le départ est donné.

Je passe sous l’arche de départ à 9h08, soit 8 minutes après les élites. L’ambiance est super sympa et je commence à mettre en pratique les astuces que j’ai mémorisées depuis le début de ma préparation (merci YouTube), notamment ne pas partir trop vite. Je me tiens à mon objectif de 6:00 min/km. En même temps, il y a tellement de monde que je ne pourrais pas aller bien plus vite. Les kilomètres s’enchaînent, et je commence à sentir les limites de mes dernières semaines de préparation. J’ai emmagasiné pas mal de fatigue et ai déménagé 7 jours avant le départ. La bibliothèque Expedit que j’ai porté sur 4 étages commence à me faire souffrir, notamment dans le dos.

Le temps passe et nous voilà déjà au 10 ème kilomètre, les douleurs dans le dos se font peu à peu oublier et je commence à rentrer dedans. Ça tombe bien, dans deux kilomètres, c’est le début du premier passage « technique ». J’attaque donc les premières côtes relativement frais et parviens à maintenir l’allure jusqu’au vingtième. Le parcours alterne entre campagne et petites villes, et pas mal de spectateurs sont là. Beaucoup de grands-mères sont au bord de la route et crient des trucs du genre « allez-y, bravo mes gaillards », la vérité, ça fait plaisir.

Je passe le 20 ème kilomètre aux alentours des deux heures et mon copain Expedit se rappelle à mon bon souvenir : j’ai de nouveau mal au dos. J’essaie de prendre sur moi, parce que c’est là que ça se joue : les kilomètres 20 à 32 sont en côte continue et il va falloir assurer.

J’arrive au 30 ème dans les temps et je suis fier de moi, même si je sens que je commence à être limite. J’ai peur de me prendre le fameux « mur » dont j’ai tant entendu parler. Moment d’émotion au 32 ème où je passe devant le Lycée Français d’Athènes où j’ai fait l’intégralité de ma scolarité. J’aperçois quelques drapeaux français agités par des élèves, quand je me rends compte que le meneur de la petite bande n’est autre qu’une prof de sport de mes années collège ! Je passe en mode grand sourire ON et hurle « salut Yvette » à ma prof qui me regarde stupéfaite (je cours tellement vite que l’entrevue ne dure qu’une fraction de secondes n’est-ce pas) et arbore à son tour un grand sourire.

Me voilà donc passé le 32 ème et c’est le moment où j’étais sensé mettre le turbo. Bon, il y a le plan, et en général, pas loin derrière, il y a la réalité. Ça va être compliqué, voire très compliqué. Je parviens à peine à maintenir l’allure, hors de question d’accélérer. Des douleurs intenses commencent à s’emparer de moi. La foule est pléthorique par endroits, mais cela ne suffit pas à me porter. Je m’en tire bon an mal an jusqu’au 38 ème où là c’est le black out total. Les douleurs sont trop intenses, je tiens à peine debout et me mets à marcher. Question douleur, je n’ai jamais rien ressenti de tel, même lorsque je m’étais fait une belle double fracture de la jambe droite au ski. Je m’arrête pour m’étirer mais cela n’y change rien. Des secouristes viennent me porter assistance, mais cela n’y change pas grand chose non plus, je suis HS. Un peu plus loin, la tête très lourde, je vomis du liquide orange en grandes quantités (merci Powerade !) et là, à défaut de voir les courbatures disparaître, je me sens nettement mieux. Cela fait maintenant 2-3 kilomètres que je marche, un peu déçu de ne pas avoir pu aborder le troisième tiers plus sereinement. J’essaie par intervalles de reprendre la course, sans que cela soit possible à cause la douleur. Passé le 40 ème, je commence à me sentir un peu mieux et esquisse quelques foulées. Magie, à défaut de me sentir bien, je parviens à finir en courant à un rythme acceptable. Les deux derniers kilomètres me donnent la banane, il y a une foule abondante, avec beaucoup de banderoles qui me donnent du baume au cœur, genre « in our hearts you’re all kenyans » soit « dans notre cœur vous êtes tous des kényans » ou « pain is temporary, pride is forever » soit « la souffrance est temporaire, la fierté c’est pour la vie ». Les 200 derniers mètres se font dans le stade de marbre, témoin des premiers jeux olympiques contemporains en 1896, dans une ambiance survoltée.

Et voilà, c’est fini, j’ai passé la ligne d’arrivée, ce qui n’était pas gagné quelques kilomètres plus tôt où j’ai failli lâcher pour finir en navette médicale. Le chrono indique 4h36, je suis emparé d’un sentiment de fierté et d’un peu de déception. Fierté d’être parvenu à me dépasser pour passer cette ligne d’arrivée, et un peu déçu de ne pas être parvenu à tenir l’objectif fixé.

Ma course dans le détail

Debriefing de la course

Je pense que j’ai bien géré jusqu’au 20 ème, après quoi, je me suis un peu emmêlé les pinceaux dans la gestion de ma course. Je ne suis pas parvenu à me préserver suffisamment entre le kilomètre 20 et le 30, l’idée de maintenir la cadence était peut être une erreur.

Un autre paramètre que je n’ai pas pris en considération est la chaleur. S’il faisait un peu frais au départ, il y avait tout de même un grand soleil, et il s’est assez rapidement mis à faire un bon 20-25 degrés (contrairement à ce qu’indique Endomondo plus haut). J’ai essayé de compenser en buvant abondamment, mais je pense que j’ai mal négocié mon hydratation. Etre au fond du trou et se sentir mieux après avoir vomis de l’eau me met la puce à l’oreille. Il a du se passer un truc, et il faudra que je sois plus attentif sur ce point les prochaines fois.

Côté alimentation, je suis assez sceptique sur l’efficacité de tout les gels disponibles sur le marché. Les gels Overtisms que j’avais acheté étaient sensés m’aider à lutter contre les crampes, or, c’est bien des crampes qui me faisaient hurler de douleur au 38 ème. Ils ajoutent également un peu de complexité à la course : il faut qu’ils soient rangés dans l’ordre sur une ceinture et penser à les prendre au bon moment, de préférence 200 mètres avant un ravito. Autant de paramètres qui ne sont pas forcément faciles à maîtriser lorsque l’on est concentré sur sa course. Enfin, toujours sur ce point, je note que quasiment aucun grec n’était équipé de ce type de matos. Ces gels sont hyper « marketés » en France, mais des papys de 60 ans et plus m’ont mis un vent en courant à la flotte. Si je n’ai pas d’avis totalement tranché pour le moment sur la question, je suis moins enclin à casser 15 euros en gels pour mon prochain marathon et m’en tiendrai certainement à un gel Decathlon en fin de parcours. Un petit coup de sucre/vitamines/guarana me donne davantage la pêche qu’un truc trop compliqué et que j’ai du mal à absorber.

Un autre élément qui m’a pris de court est la distance. On peut se sentir dans un état correct à un instant T et avoir un gros passage à vide 5 minutes plus tard. L’expérience vient en courant et je ferai en sorte de me préserver davantage les prochaines fois.

Conclusions/enseignements

Depuis le premier entrainement jusqu’à la ligne d’arrivée, c’est une véritable introspection et un exercice sur soi. Le principal objectif est de repousser ses limites et de faire des choses qu’on n’aurait jamais imaginées.

Par ailleurs, la quantité d’énergie qu’il faut mobiliser pour passer la ligne d’arrivée est stratosphérique, à des années lumières de ce que j’imaginais (je parle en qualité de newbie là, ça sera certainement les doigts dans le nez la prochaine fois, LOL). La véritable difficulté pour les néophytes réside à mon avis dans la distance.  Les choses commencent véritablement au 32 ème, j’avais pu le lire ici ou là avant de m’aligner, mais j’en ai pris toute la mesure et essaierai d’être plus organisé dans ma course la prochaine fois pour finir dans un meilleur état.

De la compétition à proprement parler, je retiens une ferveur exceptionnelle de la foule qui est là pour soutenir tous les marathoniens, ainsi que la bonne ambiance générale, axée autour du respect, de l’entraide et des rencontres entre personnes du monde entier. Je ne compte plus le nombre de spectateurs et de coureurs qui m’ont encouragé alors que je marchais, en me tapant dans le dos ou en criant « allez, c’est que de la descente t’es presque au bout ! ».

C’était une expérience de vie, et je l’ai fait. A quand le prochain ?


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